Nichées entre le Rhône et la Durance, les Alpilles forment un écrin de calcaire blanc qui dessine l’un des paysages les plus emblématiques de Provence. Ce petit massif montagneux de 50 kilomètres de long révèle une mosaïque de villages perchés, d’oliveraies millénaires et de traditions ancestrales préservées. Terre d’inspiration pour Van Gogh et Daudet, cette région conjugue patrimoine exceptionnel et nature sauvage, offrant aux visiteurs une immersion authentique dans l’art de vivre méditerranéen. Des fortifications médiévales des Baux-de-Provence aux vestiges antiques de Glanum, chaque pierre raconte l’histoire mouvementée de ce territoire façonné par les civilisations successives.

Géographie et formation géologique du massif des alpilles

Le massif des Alpilles constitue une singularité géologique remarquable au cœur de la Provence. Cette chaîne de collines calcaires s’étend sur environ 25 kilomètres d’est en ouest et 10 kilomètres du nord au sud, formant une barrière naturelle entre la plaine de la Crau au sud et les vallées du Rhône au nord. Son altitude modeste, culminant à 498 mètres aux Opies d’Aureille, cache une complexité géologique fascinante qui explique la diversité exceptionnelle de ses paysages.

Structure karstique et affleurements calcaires urgoniens

La géologie des Alpilles repose principalement sur des calcaires urgoniens datant du Crétacé inférieur, vieux de 130 millions d’années. Ces roches sédimentaires, formées dans d’anciens récifs coralliens, ont subi une intense karstification qui a sculpté un relief unique. Les processus d’érosion chimique ont créé un réseau souterrain complexe de galeries et de cavités, donnant naissance aux nombreuses résurgences qui alimentent les sources du massif. Cette architecture géologique particulière explique la présence des carrières de pierre blanche qui ont fourni les matériaux de construction des monuments provençaux les plus prestigieux.

Relief des crêtes de la caume et du plateau de la crau

Le relief des Alpilles se caractérise par une succession de crêtes orientées est-ouest, séparées par des vallons perpendiculaires appelés « combes ». La crête de la Caume, qui traverse le massif de part en part, constitue l’épine dorsale de cette formation montagneuse. Au sud, le plateau de la Crau forme une vaste plaine caillouteuse d’origine fluvioglaciaire, vestige des anciens épandages de la Durance. Cette configuration topographique crée une mosaïque de microhabitats favorables à une biodiversité exceptionnelle et influence directement les pratiques agricoles traditionnelles de la région.

Microclimats méditerranéens et influence du mistral

Les Alpilles bénéficient d’un climat méditerranéen caractérisé par des étés chauds et secs et des hivers doux. Le mistral, vent dominant du nord-ouest, souffle en moyenne 100 jours par an et exerce une influence déterminante sur le climat local. Ce vent puissant, qui peut atteindre 150 km/h, assainit l’atmosphère et limite l’humidité, créant des conditions particulièrement favorables à la culture de l’olivier. Les versants exposés au sud bénéficient d’un microclimat privilégié avec plus de 2800 heures d’ensoleillement annuel, tandis que les combes abritées développent

développent des conditions plus fraîches et humides propices aux sous-bois de chênes verts, aux arbustes de garrigue et à certaines espèces rupicoles sensibles à la sécheresse. À l’inverse, les plateaux exposés au vent voient se succéder épisodes de sécheresse et fortes amplitudes thermiques, ce qui façonne un paysage de rocailles et de pelouses sèches typiquement méditerranéennes. Pour le voyageur, cette diversité climatique sur un territoire réduit signifie qu’en quelques kilomètres seulement, vous pouvez passer d’un versant brûlé de soleil à une combe ombragée où la température chute de plusieurs degrés.

Biodiversité endémique et écosystèmes rupicoles

Cette combinaison de relief karstique, de microclimats contrastés et de sols pauvres a favorisé l’émergence d’une biodiversité remarquable, dont certaines espèces sont strictement liées aux Alpilles. Les falaises calcaires et vires rocheuses accueillent par exemple l’aigle de Bonelli, rapace emblématique du massif, ainsi que le vautour percnoptère ou le faucon crécerellette, tous protégés à l’échelle européenne. Au ras du sol, les pelouses sèches abritent une flore très spécialisée : orchidées sauvages, coronilles, asphodèles et une multitude d’espèces aromatiques comme le thym, la sarriette ou l’Helichrysum italicum, l’immortelle des parfumeurs.

Les écosystèmes rupicoles – ces milieux accrochés à la roche – jouent ici un rôle de refuge pour de nombreuses espèces rares, à la manière de petites îles suspendues au-dessus de la plaine. Les lézards ocellés se réchauffent sur les dalles calcaires au printemps, tandis que le hibou grand-duc se dissimule dans les anfractuosités des parois au crépuscule. Le Parc naturel régional des Alpilles a mis en place une réglementation spécifique pour protéger ces habitats sensibles, en limitant notamment certaines pratiques comme l’escalade dans les zones de nidification. Pour vous, randonneur ou photographe, cela implique de respecter les sentiers balisés et les périodes de quiétude de la faune, condition essentielle pour continuer à observer cette nature préservée.

Villages perchés et architecture vernaculaire provençale

Au-delà de leur richesse naturelle, les Alpilles se distinguent par une constellation de villages perchés qui semblent littéralement posés sur les éperons calcaires. Ces implantations répondent autant à des impératifs défensifs médiévaux qu’à une adaptation fine aux contraintes du relief et du climat. De Saint-Rémy-de-Provence à Mouriès, en passant par Eygalières ou Maussane-les-Alpilles, l’architecture vernaculaire joue avec la lumière et la pierre blanche, offrant un décor typiquement provençal. En flânant dans ces ruelles étroites, vous découvrez un urbanisme intimement lié aux ressources locales : eau rare, pierre abondante, orientation au soleil et protection contre le mistral.

Baux-de-provence et son patrimoine médiéval fortifié

Perché à plus de 200 mètres d’altitude sur un éperon rocheux, Les Baux-de-Provence représente l’archétype du village-forteresse des Alpilles. Ses remparts, ses tours de guet et les vestiges imposants du château témoignent de l’importance stratégique du site du Moyen Âge jusqu’à la Renaissance. Le bourg s’est développé en cascade sur les pentes, au sein d’un maillage de ruelles pavées, d’escaliers taillés dans le roc et de maisons adossées directement à la falaise, donnant parfois l’impression que l’habitat et la montagne ne font plus qu’un.

La citadelle des Baux, aujourd’hui en partie en ruine, domine un paysage spectaculaire qui s’étend de la vallée des Baux jusqu’au Luberon par temps clair. La présence d’engins de siège reconstitués, comme le trébuchet ou la couleuvrine, permet de mieux comprendre le rôle militaire du site dans le contrôle des voies de passage entre Rhône, Crau et Provence intérieure. Pour apprécier pleinement ce patrimoine médiéval fortifié, privilégiez une visite en demi-saison et prenez le temps de vous attarder sur les détails : linteaux sculptés, échauguettes, meurtrières et inscriptions gravées dans la pierre, véritables archives à ciel ouvert de l’histoire des Baux.

Saint-rémy-de-provence et les vestiges antiques de glanum

À la différence des Baux, Saint-Rémy-de-Provence s’est développé en plaine, au pied du massif, mais son histoire est tout aussi ancienne. La ville actuelle prolonge en réalité l’occupation d’un important oppidum antique : Glanum. Situé au débouché d’un vallon, ce site archéologique témoigne de la romanisation de la Provence à travers ses temples, ses thermes et ses monuments funéraires, dont l’Arc de triomphe et le Mausolée dits « des Antiques » sont les plus célèbres exemples. En parcourant les vestiges de Glanum, vous mesurez à quel point le relief et les sources karstiques des Alpilles ont conditionné l’implantation de cette cité prospère.

Le centre historique de Saint-Rémy, organisé en anneaux concentriques autour d’un noyau médiéval, illustre l’évolution d’un bourg antique vers une petite ville provençale animée. Les hôtels particuliers du XVIIIe siècle, les placettes ombragées de platanes et les fontaines alimentées par les résurgences témoignent d’une continuité d’occupation presque ininterrompue. Aujourd’hui, l’empreinte de Van Gogh, qui séjourna au monastère Saint-Paul de Mausole voisin, ajoute une dimension artistique singulière aux visites. En suivant la « Route de Van Gogh », ponctuée de reproductions de ses tableaux, vous redécouvrez le paysage urbain et rural de Saint-Rémy sous le prisme de son regard.

Eygalières et ses bastides renaissance

Moins fréquenté que Saint-Rémy ou Les Baux, Eygalières séduit par son authenticité et sa silhouette de village perché, coiffé par les ruines de son ancien château et l’église Saint-Laurent. La vieille ville se développe le long d’une échine rocheuse, selon un axe nord-sud qui épouse la topographie du site. Au fil des siècles, les remparts médiévaux ont laissé place à des bastides Renaissance et des maisons de maître, reconnaissables à leurs façades ordonnancées, leurs fenêtres à meneaux et leurs escaliers monumentaux en pierre de taille. Ces résidences rurales traduisent l’essor d’une élite paysanne et bourgeoise qui a investi dans la mise en valeur des terroirs environnants.

Autour du noyau ancien, les bastides se déploient au milieu des oliveraies et des vignobles, formant une couronne d’habitations dispersées reliées par des chemins bordés de cyprès. Beaucoup ont été restaurées dans le respect des matériaux d’origine, mêlant confort contemporain et sobriété de la pierre apparente. En parcourant Eygalières, vous remarquerez l’importance des portails et portillons qui encadrent les accès aux cours intérieures, véritables écrans de discrétion contre le mistral et la chaleur estivale. Pour qui s’intéresse à l’architecture rurale provençale, ce village représente un véritable laboratoire à ciel ouvert.

Maussane-les-alpilles et l’urbanisme de village-rue

À Maussane-les-Alpilles, l’urbanisme diffère sensiblement des villages perchés : ici, le bourg s’est développé en fond de vallée, le long des axes de circulation et des canaux d’irrigation. On parle de « village-rue » car une grande partie de la vie sociale et commerciale s’organise autour de la rue principale et des places adjacentes. Les maisons s’alignent en façades continues, souvent sur deux ou trois niveaux, avec boutiques ou ateliers au rez-de-chaussée et logements à l’étage. Les places ombragées – notamment autour de l’église ou du lavoir – servent de lieux de rassemblement pour les marchés, fêtes votives et manifestations taurines.

Cette configuration illustre la vocation agricole et artisanale de Maussane, dont l’économie repose historiquement sur l’oléiculture, la viticulture et les activités liées à l’eau (moulins, lavoirs, canaux). Les alignements d’oliviers qui ceinturent le village témoignent de cette organisation en rubans parallèles à la vallée des Baux. Pour le visiteur, l’urbanisme de village-rue se traduit par une déambulation très fluide : en quelques enjambées, vous passez des terrasses de cafés animés aux ruelles plus calmes débouchant sur les campagnes environnantes. C’est aussi l’un des meilleurs points de départ pour explorer la vallée des Baux à pied ou à vélo.

Techniques de construction en pierre de taille calcaire

Si les villages des Alpilles présentent des ambiances variées, ils partagent toutefois un langage architectural commun : la pierre calcaire locale. Extraite des nombreuses carrières du massif, cette roche claire, facile à tailler mais durable, a façonné aussi bien les maisons paysannes que les châteaux et édifices religieux. Les maçons provençaux ont développé un savoir-faire très précis dans la taille des blocs, l’appareillage en assises régulières et l’assemblage à joints fins, garantissant à la fois solidité et excellente inertie thermique. En été, l’épaisseur des murs maintient la fraîcheur ; en hiver, elle restitue lentement la chaleur accumulée, un peu comme un four à pain qui diffuse doucement sa tiédeur.

Les toitures, traditionnellement couvertes de tuiles canal en terre cuite, sont souvent dotées de larges débords pour protéger les façades de la pluie et du soleil. Les ouvertures restent relativement modestes sur les façades nord, plus exposées au mistral, tandis que les baies s’élargissent côté sud pour capter au maximum la lumière. Vous remarquerez également les volets en bois pleins ou persiennés, emblématiques de la maison provençale, qui complètent ce dispositif bioclimatique avant l’heure. Lors de vos visites, n’hésitez pas à prêter attention aux détails : linteaux monolithes, escaliers extérieurs, citernes voûtées ou encore encadrements de portes sculptés, autant d’indices de l’ingéniosité constructive locale.

Traditions oléicoles et appellations AOP vallée des baux

L’oléiculture constitue l’une des signatures les plus fortes de la région des Alpilles. Entre Maussane, Mouriès, Fontvieille ou Les Baux-de-Provence, des centaines d’hectares d’oliveraies structurent le paysage en terrasses et restanques, dessinant un damier vert argenté sur les pentes calcaires. Depuis 1997, cette tradition s’incarne notamment dans l’AOP Vallée des Baux-de-Provence, qui protège et valorise des huiles d’olive issues de cultivars locaux, récoltées et transformées selon un cahier des charges strict. Pour le visiteur, c’est une véritable invitation à comprendre le lien intime entre terroir, savoir-faire et identité provençale.

Cultivars salonenque et grossane spécifiques aux alpilles

Parmi les variétés d’olives cultivées dans les Alpilles, deux cultivars se distinguent particulièrement : la Salonenque et la Grossane. La Salonenque, originaire de Salon-de-Provence, est aujourd’hui largement implantée dans la vallée des Baux. Elle se caractérise par un fruit de taille moyenne, à chair ferme, qui se prête aussi bien à la production d’huile qu’à la préparation d’olives de table cassées ou fendues. La Grossane, quant à elle, produit de grosses olives noires à la peau lisse, appréciées en confiserie mais également utilisées pour des huiles plus douces et fruitées.

Ces cultivars, complétés par d’autres variétés comme la Verdale des Bouches-du-Rhône ou la Picholine, confèrent aux huiles d’olive des Alpilles une palette aromatique très riche. Selon les assemblages et le degré de maturité des fruits au moment de la récolte, vous retrouverez des notes d’amande fraîche, de pomme verte, d’artichaut cru, voire de fruits mûrs ou de tapenade. Lors de vos dégustations en moulin, pensez à comparer les « fruité vert » et « fruité mûr » de la même exploitation : vous mesurerez concrètement l’impact des choix agronomiques et techniques sur le profil sensoriel de l’huile.

Moulins à huile traditionnels et extraction à froid

Les moulins à huile des Alpilles constituent de véritables lieux de mémoire, où se transmettent encore des gestes séculaires, adaptés aux exigences contemporaines de qualité. Si les anciennes meules en pierre et les presses à scourtins ont cédé la place à des broyeurs à marteaux et des centrifugeuses modernes, le principe de l’extraction à froid reste au cœur du processus. Les olives, triées puis lavées, sont rapidement triturées après la récolte, sans chauffage excessif de la pâte, afin de préserver les arômes et les antioxydants naturels comme les polyphénols.

Certains moulins ouvrent leurs portes au public pendant la campagne oléicole, généralement d’octobre à décembre. Vous y découvrez les différentes étapes de transformation, du déchargement des bennes d’olives jusqu’à la décantation de l’huile fraîchement sortie de la chaîne. La visite se termine souvent par une dégustation commentée, où l’on vous apprend à identifier amertume, ardence (cette légère sensation poivrée en fond de gorge) et fruité. Un bon réflexe à adopter : privilégier les huiles portant la mention « extraction à froid » et l’année de récolte, gages de fraîcheur et de qualité.

Terroir argilo-calcaire et irrigation gravitaire

La spécificité des huiles d’olive des Alpilles tient aussi au terroir argilo-calcaire sur lequel s’enracinent les oliviers. Les sols, souvent peu profonds, reposent sur des bancs de calcaire fissurés qui favorisent un bon drainage tout en permettant aux racines d’aller puiser l’humidité en profondeur. Cette contrainte hydrique, comparable à un régime sec modéré, stimule la concentration en composés aromatiques et en polyphénols, un peu comme la vigne produisant de meilleurs raisins sur des terres pauvres. Le climat, marqué par le mistral et de longs étés ensoleillés, complète ce « stress » bénéfique pour la qualité de l’huile.

Historiquement, les agriculteurs ont mis en place des systèmes ingénieux d’irrigation gravitaire, en détournant les eaux de sources ou de canaux vers les parcelles par un réseau de béals, de rigoles et de petits seuils. Même si l’irrigation goutte-à-goutte tend aujourd’hui à se généraliser pour économiser la ressource, on observe encore ces anciens aménagements, témoins d’une adaptation fine aux contraintes du milieu. Lors de vos balades, guettez ces canaux de pierre qui longent certains chemins : ils racontent une autre facette du génie rural provençal, où chaque goutte d’eau comptait – et compte toujours.

Confrérie des chevaliers de l’olivier et rituels provençaux

La culture de l’olivier dans les Alpilles ne se limite pas à une activité économique ; elle irrigue aussi l’imaginaire collectif et les traditions locales. La Confrérie des Chevaliers de l’Olivier, présente dans plusieurs communes, incarne cette dimension symbolique. Parée de capes vertes et or, cette confrérie organise intronisations, chapitres solennels et défilés lors des grandes fêtes oléicoles, comme la Fête de l’Olive verte à Mouriès ou les célébrations de l’huile nouvelle. Ces rituels, à mi-chemin entre folklore et patrimoine immatériel, visent à défendre la qualité des productions et à transmettre aux jeunes générations l’attachement à l’or vert de Provence.

Les calendales (fêtes de Noël) et les fêtes votives intègrent également l’olivier à travers les crèches, les bénédictions de rameaux ou les repas traditionnels. Vous verrez fréquemment des branches d’olivier orner les portes des maisons ou les autels des églises, symboles de paix et de prospérité. En participant à ces événements, ne vous étonnez pas si l’on vous invite à partager un verre de vin ou une tartine d’aioli nappée d’huile locale : ici, la convivialité se cultive comme les oliviers, avec patience, générosité et un fort sentiment d’appartenance au terroir.

Patrimoine culturel et sites archéologiques remarquables

La région des Alpilles concentre sur un espace restreint une densité exceptionnelle de sites culturels, archéologiques et artistiques. Des oppida celto-ligures aux complexes monastiques romans, en passant par les carrières monumentales réinvesties par l’art numérique, chaque époque a laissé sa marque dans le paysage. Pour le visiteur, ces lieux offrent autant de portes d’entrée complémentaires pour comprendre l’histoire longue de ce massif, à la croisée des influences grecques, romaines, médiévales et contemporaines.

Le site archéologique de Glanum, à Saint-Rémy-de-Provence, figure parmi les plus emblématiques. Occupé dès le VIe siècle avant J.-C., il révèle l’évolution d’un sanctuaire gaulois devenu cité gallo-romaine florissante, avant son abandon au IIIe siècle. En arpentant ses rues pavées, vous traversez forum, maisons patriciennes, nymphée et ensembles thermaux, tout en profitant d’une vue imprenable sur les crêtes des Alpilles. Non loin de là, les « Antiques » – l’Arc et le Mausolée – se dressent en bordure de route, comme un manuel de sculpture romaine à ciel ouvert.

Aux Baux-de-Provence, le patrimoine bâti s’enrichit d’une dimension artistique singulière avec les Carrières de Lumières. Ces anciennes carrières de calcaire, aux parois de plus de 14 mètres de haut, accueillent des expositions immersives qui projettent des œuvres de maîtres comme Van Gogh, Monet ou Klimt sur les parois rocheuses. La rencontre entre la minéralité brute du lieu et les animations lumineuses crée une expérience sensorielle unique, particulièrement appréciée en été pour la fraîcheur naturelle qu’offrent les galeries. Pensez à réserver à l’avance, surtout en haute saison.

Le patrimoine religieux n’est pas en reste, avec une constellation de chapelles romanes et d’ermitages disséminés dans le massif. La chapelle Saint-Sixte d’Eygalières, posée sur son promontoire, ou le cloître de Saint-Paul de Mausole, entouré de champs d’oliviers, figurent parmi les plus photogéniques. Ces édifices, souvent modestes par leur taille, impressionnent par leur intégration au site et la sobriété de leur architecture, qui laisse une large place à la lumière naturelle. Ils constituent des haltes apaisantes lors de vos parcours entre villages, offrant un contraste saisissant avec l’effervescence des marchés et des cafés de Provence.

Sentiers de randonnée et géotourisme dans le parc naturel régional

Le Parc naturel régional des Alpilles a développé un réseau dense de sentiers balisés permettant de découvrir le massif à pied, à VTT ou à cheval. L’objectif : concilier découverte des paysages et préservation des milieux sensibles, tout en valorisant le patrimoine géologique et culturel. Que vous soyez randonneur aguerri ou simple marcheur du dimanche, vous trouverez des itinéraires adaptés, allant de la courte boucle familiale à la traversée intégrale des crêtes, avec des panoramas spectaculaires sur la Crau, la Camargue et le Luberon.

Parmi les itinéraires phares, la montée vers les Opies, point culminant des Alpilles, offre une vue à 360 degrés qui récompense largement l’effort consenti. D’autres parcours, plus doux, relient les villages entre eux, comme le sentier entre Saint-Rémy-de-Provence et Les Baux-de-Provence, qui suit en partie les anciens chemins muletiers et traverse oliveraies, combes boisées et barres rocheuses. Pour explorer la géologie du massif, les circuits de géotourisme mettent en avant affleurements calcaires, anciennes carrières, lapiaz et dolines, avec des panneaux explicatifs accessibles à tous. N’est-ce pas l’occasion idéale de comprendre comment ces reliefs se sont formés tout en profitant d’une balade en plein air ?

Le mistral, la chaleur estivale et le risque incendie imposent toutefois quelques règles de prudence. En été, certains massifs peuvent être fermés à la randonnée en cas de danger élevé ; renseignez-vous toujours auprès des offices de tourisme ou sur les sites officiels du département avant de partir. Pensez aussi à emporter suffisamment d’eau, un couvre-chef et des chaussures adaptées : même sur des sentiers réputés faciles, le calcaire peut se révéler glissant et abrasif. Enfin, restez sur les chemins balisés pour limiter l’érosion et ne pas déranger la faune, en particulier pendant la période de nidification des rapaces.

Pour ceux qui souhaitent varier les plaisirs, le Parc des Alpilles propose également des circuits thématiques en vélo, des itinéraires équestres et des visites guidées encadrées par des guides naturalistes ou des accompagnateurs en montagne. Ces sorties permettent d’aborder des sujets aussi variés que la flore de garrigue, les techniques de terrasses agricoles ou l’architecture rurale. En choisissant ce type d’activités, vous contribuez à un tourisme plus responsable, qui soutient l’économie locale tout en limitant son impact sur l’environnement.

Gastronomie locale et produits du terroir alpinien

Visiter la région des Alpilles sans s’intéresser à sa gastronomie serait passer à côté d’une dimension essentielle de l’expérience provençale. Ici, la cuisine se nourrit directement du terroir : huile d’olive AOP, vins de la vallée des Baux, fromages de chèvre de la Crau voisine, miel de garrigue, fruits et légumes gorgés de soleil composent la base d’une table généreuse et parfumée. Les marchés hebdomadaires de Saint-Rémy-de-Provence, Eygalières ou Maussane-les-Alpilles sont des vitrines idéales pour découvrir cette diversité de produits, en échangeant directement avec les producteurs.

L’huile d’olive occupe une place centrale dans de nombreuses préparations : tapénade, aioli, légumes rôtis, poissons grillés ou simples salades composées. Les vins, souvent classés en AOP Les Baux-de-Provence ou IGP Alpilles, se déclinent en rouges, rosés et blancs, aux profils très variés selon les domaines. Vous trouverez des rouges structurés aux notes de garrigue, des rosés frais parfaits pour les apéritifs d’été, et des blancs aromatiques accompagnant poissons et fromages. Beaucoup de domaines proposent des visites de chais suivies de dégustations, souvent sur rendez-vous ; c’est une excellente façon de prolonger les paysages rencontrés en randonnée dans votre verre.

Les spécialités locales incluent également les olives de table (cassées, confites, aromatisées), les fromages de chèvre frais ou affinés, les confitures d’abricots ou de figues, sans oublier les biscuits à base d’amandes et de miel. En automne, la truffe noire fait son apparition sur certains marchés et cartes de restaurants, ajoutant une touche de raffinement à la cuisine du territoire. De nombreux chefs, des bistrots de village aux tables étoilées des Baux-de-Provence, travaillent en circuit court et mettent à l’honneur ces produits dans des recettes créatives qui réinventent la tradition sans la renier.

Pour vivre une immersion encore plus complète, vous pouvez participer à un atelier de cuisine provençale, souvent proposé par des chefs ou des maisons d’hôtes. Après un passage au marché pour sélectionner les ingrédients, l’atelier se poursuit en cuisine pour préparer un menu de saison : tian de légumes, agneau de pays, desserts aux fruits locaux… L’occasion d’apprendre des gestes simples mais précis, comme monter un aioli ou confire des tomates, que vous pourrez ensuite reproduire chez vous. N’est-ce pas là l’un des plus beaux souvenirs que l’on puisse rapporter des Alpilles : des recettes, des saveurs et des histoires à partager autour de votre propre table ?